Le Diabète et le Jeûne

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Louanges à Allah, Seigneur des Mondes. Que les éloges et le salut soient

Sur notre Maître Mohamed, Ultime Messager, sur les siens et sur ses compagnons

Résolution Nº 183 (9/19)

Le Diabète et le Jeûne

Le Conseil de l’Académie Internationale du Fiqh Islamique, de l’Organisation de la Coopération Islamique, s’est réuni en sa 19e session à Charjah (Émirats Arabes Unis) , du 1er au 5 Joumada al-Oula 1430H (26-30 Avril 2009).

Sur la base de la charte de coopération entre l’Organisation Islamique des Sciences Médicales (OISM) et l’Académie Internationale du Fiqh Islamique, conformément à l’accord signé entre les deux institutions

Et suite à la demande faite par l’Académie Internationale du Fiqh Islamique à l’Organisation Islamique des Sciences Médicales de préparer une étude sur «Le diabète et le jeûne pendant le mois de Ramadan»,

Et compte tenu des résultats des deux séminaires organisés par l’Organisation Islamique des Sciences Médicales le 2 Rabi al-Thani, 1429 H correspondant au 3 novembre 2007 et le 8 avril 2008,

Et après avoir examiné les recherches soumises à l’académie pour la conclusion de la question concernant « Le diabète et le jeûne», et après avoir écouté les débats qui se sont déroulés à ce sujet,

Et après avoir exposé les aspects médicaux et jurisprudentiels relatifs aux effets du jeûne sur les patients diabétiques,

Décide ce qui suit

Premièrement: Brève définition du diabète

Le diabète est un déséquilibre pathologique du taux de sucre dans le sang, et plus particulièrement un taux au-dessus de la normale. Le diabète est dû à une carence en insuline (hormone sécrétée par les cellules de type B du pancréas), ou à l’insuffisance de cette hormone, ou dans certains cas, à un manque de réactivité à cette hormone de la part des cellules du corps.

Deuxièmement: Types de diabète

Il y a différents types de diabètes qui se distinguent les uns des autres par les causes de l’apparition de la maladie et par les manières de le traiter. Selon les dénominations et les classifications adoptées par l’Organisation Internationale de la Santé spécialisée dans le diabète, les types de diabète sont les suivants:

(1) Le diabète de type I, qui nécessite la prise d’insuline en plusieurs doses dans la journée .

(2) Le diabète de type II, qui ne nécessite pas la prise d’insuline.

(3) Le diabète gestationnel.

(4) D’autres types:

(a) Diabète causé par certaines maladies du pancréas.

(b) Diabète résultant de troubles hormonaux, en particulier des glandes surrénales et de l’hypophyse et des cellules du pancréas.

(c) Diabète causé par certains médicaments.

Troisièmement: la classification médicale des patients diabétiques

Les personnes souffrant du diabète sont classées en quatre catégories, qui sont les suivantes:

Première catégorie:

Les patients présentant une probabilité très élevée de rencontrer des complications graves vérifiées médicalement. L’état de ces patients est caractérisé par l’un ou plusieurs des cas suivants:

  • Les patients qui font face à une baisse sévère de sucre au cours des trois mois précédant le mois de Ramadan.
  • Les patients qui font face, de manière répétitive, à des baisses et des hausses du taux de sucre dans le sang.
  • Les patients qui rencontrent le problème de (la perte de sensation de la baisse du taux de sucre). Ce cas touche certains patients diabétiques, en particulier ceux du type I, qui font face à une baisse importante et répétitive du taux de sucre, et ce pendant de longues périodes.
  • Les patients connus pour avoir des difficultés à contrôler le diabète pendant de longues périodes.
  • Les patients ayant connu les complications d’ «Acidose diabétique cétoacidose» ou de «coma diabétique», durant les trois mois qui précèdent le mois de Ramadan.
  • Patients atteints de diabète de type I.
  • Les patients souffrant d’autres maladies graves accompagnant le diabète.
  • Les patients diabétiques contraints d’effectuer des travaux nécessitant des efforts physiques importants.
  • Les patients diabétiques dialysés.
  • Les femmes diabétiques pendant la grossesse.

Deuxième catégorie:

Cette catégorie inclut les patients présentant un risque relativement élevé de complications lors du jeûne, et qui, selon l’avis des médecins, seraient fort probables. L’état des patients de cette catégorie relève d’un ou de plusieurs des cas suivants:

  • Ceux dont le taux de sucre dans le sang est élevé, comme la moyenne comprise entre [180 et 300 mg / dcl], [10 et 16,5 mm] et le taux d’hémoglobine accumulé (hémoglobine glyquée) supérieur à 10%.
  • Ceux qui souffrent d’insuffisance rénale.
  • Ceux qui souffrent de maladies des grandes artères (telles que les maladies cardiovasculaires).
  • Les personnes vivant seules et recevant des injections d’insuline ou des médicaments qui réduisent le sucre en stimulant les cellules productrices d’insuline dans le pancréas.
  • Ceux qui souffrent d’autres maladies entraînant des risques supplémentaires.
  • Les personnes âgées qui souffrent d’autres maladies.
  • Les patients qui reçoivent des traitements ayant un effet sur l’état psychologique.

Les jugements de la Charia concernant les patients des catégories I et II:

Les cas de ces deux catégories s’appuient sur la certitude ou la forte probabilité du préjudice causé par le jeune, selon l’avis d’un médecin spécialiste et fiable. Par conséquent, un patient qui fait face à l’un des cas cités ci-dessus dans les deux catégories ne doit pas jeûner. Il lui est interdit de jeûner afin d’éviter de nuire à sa personne, car Allah Le Très-Haut a dit: « Ne causez pas votre perte de vos propres mains » [Al-Baqarah: 195] et Il a également dit: « Et ne vous tuez pas vous-même. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. » [Al- Nisa’a: 29]. Et il est du devoir du médecin traitant d’expliquer aux patients le risque qu’entraîne le jeûne pour eux, et de les informer de la probabilité élevée de complications qui seraient vraisemblablement préjudiciables pour leur santé ou leur vie.

En outre, le médecin se doit d’effectuer toutes les procédures médicales nécessaires, permettant au patient de jeûner sans subir de préjudice.

Les règles concernant le fait de rompre le jeûne durant le Ramadan pour cause de maladie doivent être appliquées aux patients des catégories I et II, conformément à la parole d’Allah Le Très-Haut : « Quiconque d’entre vous est malade ou en voyage, devra jeûner un nombre égal d’autres jours. Quant à ceux qui ne pourraient le supporter qu’avec grandes difficultés, ils devront en compensation nourrir un nécessiteux »[Al-Baqarah: 184].

Celui qui accomplit le jeûne, alors que celui-ci lui nuit, aura commis un péché, mais son jeûne sera valide.

Troisième catégorie:

Il s’agit des patients qui sont moyennement exposés aux complications dues au jeûne. Cette catégorie est composée des cas stables et contrôlés par le biais de traitements qui réduisent le sucre en stimulant les cellules productrices d’insuline dans le pancréas.

Quatrième catégorie:

Les patients qui présentent une faible probabilité de complications dues au jeûne. Cette catégorie est composée des cas stables et contrôlés, uniquement par le biais d’un régime alimentaire, ou par la prise de médicaments réduisant le taux de sucre, et ce en augmentant l’efficacité de l’insuline dans l’organisme, sans stimuler les cellules productrices d’insuline du pancréas.

Jugements de la charia concernant les patients des catégories III et IV:

Il n’est pas permis aux patients de ces deux catégories de rompre leur jeûne, car les résultats médicaux n’indiquent pas de complications néfastes pouvant affecter leur santé ou leur vie. Au contraire, le jeûne peut s’avérer bénéfique pour la plupart d’entre eux.

Le médecin doit s’en tenir à ces règles et déterminer le traitement approprié a chaque cas isolément.

Et l’Académie recommande ce qui suit:

(1) Les médecins doivent acquérir une connaissance suffisante des règles de la charia sur cette question. Cela nécessite l’aménagement de ces informations par les autorités compétentes, et leur diffusion auprès des personnes concernées.

(2) Les jurisconsultes et les prédicateurs doivent conseiller aux personnes qui se dirigent vers eux à la recherche d’un avis juridique de consulter leurs médecins traitants qui comprennent les dimensions médicales et religieuses du jeune, et qui craignent Allah en prodiguant les conseils adaptés à chaque cas.

(3) Étant donné les réels dangers des complications du diabète pour la santé et la vie des patients diabétiques, tous les moyens possibles doivent être mis en œuvre afin d’orienter et de sensibiliser, notamment par les sermons dans les mosquées et les différents médias, et ce afin d’informer les patients sur les dispositions précédentes. En effet, l’amélioration de la prise de conscience au sujet de la maladie et de la manière d’agir face à celle-ci, permet d’atténuer nettement ses effets et facilite l’acceptation par les patients des dispositions de la Charia et des conseils médicaux pour la traiter.

(4) Nous recommandons à l’IOMS, avec la coopération de l’Académie Internationale du Fiqh Islamique , de préparer un guide d’orientation sur ce sujet, en langue arabe et en d’autres langues, de travailler à sa diffusion auprès des médecins et des spécialistes du Fiqh, et mettre son contenu en ligne à la disposition des patients, afin qu’ils puissent également en bénéficier.

5) Exhorter les ministères de la Santé des pays musulmans à mettre en pratique les programmes nationaux dans les domaines de la prévention, du traitement et de la sensibilisation au diabète et aux dispositions de la Charia en la matière.

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